"Chaque être humain a en lui une part innée de créativité...Mon objectif pédagogique a toujours consisté à dépister et à révéler ce créateur qui sommeille en chacun de nous" Carl ORFF
Carl Orff compositeur
Carl Orff, Lucas Suppin et Jacques Prévert (Philippe Saccomano)
Le peintre Autrichien Lucas Suppin était un ami de Jacques Prévert qu'il fréquentait régulièrement à Saint Paul de Vence. Il connaissait par ailleurs Carl Orff qu'il avait rencontré quelques années auparavant au festival de Salzbourg et dont il appréciait énormément les oeuvres. D'après certains courriers1, c'est également lui qui a fait découvrir "Carmina Burana" à Jacques Prévert: "Jacques Prévert à qui j'ai prêté Carmina Burana est devenu de tout son coeur un inconditionnel de votre musique"; "Prévert est toujours obsédé par l'idée de pouvoir vous parler un jour de vive voix et de travailler avec vous". Suppin propose à plusieurs reprises à Carl Orff de les rejoindre à Saint Paul de Vence mais compte tenu de son agenda, Orff ne pourra pas s'y rendre. Lucas Suppin parviendra néanmoins à organiser une rencontre entre Carl Orff et Jacques Prévert au domicile de ce dernier "cité Véron"4 à Paris en 1963, à l'occasion de la représentation de l'oeuvre de Orff "Oedipus der tyrann". A la suite de cette rencontre Carl Orff enverra un courrier1, écrit par sa femme en français, à Prévert pour le remercier de cette journée: "Le temps passé chez vous est parmi le plus beau de notre trop court séjour à Paris et nous vous en remercions beaucoup" 3.
Bien qu'ils ne se soient rencontrés qu'à cette seule occasion et avant même de faire connaissance, ils entretenaient une admiration artistique mutuelle ainsi qu'une proximité amicale dont témoignent des ouvrages dédicacés, illustrés de collages et de dessins originaux de Prévert pour Orff1:
« En souvenir heureux de Carmina Burana Saint Paul Soleil de décembre 1954 et bientôt de janvier 1955 PAROLES pour Carl Orff, Jacques Prévert». (Paroles)
« à Carl Orff, à sa musique - Jacques Rêve-vert qui regrette bien de ne pouvoir venir à Stuttgart Paris décembre 19592 » (Spectacle)
«Les Imaginicus magicus de Jacques Prévert, pour Carl Orff, Jacques Prévert automne 1963» (Les images de Jacques Prévert)
"A Carl ORFF, à Carmina Burana" août 1969 (La pluie et le beau temps)
Par ailleurs, Prévert a écrit le poème "Carmina Burana"3, reprenant ainsi le titre de la fameuse cantate scénique de C. Orff auquel il voulait ainsi rendre hommage. Cette oeuvre paraîtra en 1972 dans le recueil "Choses et autres". Elle sera également reprise en 1996 dans la "bibliothèque de la Pléïade" enrichie de notes signées de la plume Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster (voir ci-dessous).
Une première collaboration entre Orff et Prévert se concrétise en 1965 sous la forme d'un ouvrage intitulé "Carmina Burana" (Manus Press - Stuttgart). Ce volume est illustré de partitions de Carl Orff, de peintures de Hap Grieshaber et dans lequel le lecteur découvre également le poème "carmina Burana" de jacques Prévert .
Carl Orff aimait à travailler avec peintres et poètes. Il avait déjà fait paraître avec Johnny Friedlaender deux ouvrages: Exercices (1965) et "Musica poetica" (1968). Il n'est donc pas surprenant que nous apprenions dans des lettres de Lucas Suppin1 que Orff, Suppin et Prévert avaient l'idée de réaliser ensemble un livre (d'après l'épouse et le fils de L.Suppin, probablement autour du thème d'Oedipe). Bien que Lucas Suppin ait réalisé une lithographie nommée "Oedipus" en rapport ce projet, celui-ci n'a jamais vu le jour.
Notons, coïncidence ou pas, que Orff et Prévert ont travaillé sur le thème d'Agnès Bernauer, cette ravissante jeune bavaroise dont le duc Albert de Wittelsbach, héritier du trône, s'est épris, qu'il épousera en secret contre la volonté de son père: "Die Bernauerin" pour Carl Orff en 1947 et "Agnès Bernauer" pour Prévert en 1961 dans le film "les amours célèbres" de Michel Boisrond.
Enfin, le compositeur Jos Wuytack utilisera des poèmes de Jacques Prévert comme par exemple "Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche pied" lorsqu'il enregistrera dans les années 1970 l'adaptation française de la collection "Musique pour enfants, musica poetica" de Carl Orff et Gunild Keetman.
Deux auteurs ont étudié les relations et l'admiration mutuelle que se portaient Carl Orff et Jacques Prévert. Ils y font référence dans certains ouvrages :
- "Jacques Prévert, œuvres complètes" tome 2, collection La Pléïade, éditions Gallimard 1996 (ISBN 2-07-011512-7) pages 265 à 270 pour le poème "Carmina Burana" et pages 1157 et 1158 pour les notes signées Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster.
- "Jacques Prévert, celui qui rouge de cœur" par Danièle Gasiglia-Laster, Séguier, 1994 (ISBN 2-84049-033-1) pages 210 et 276.
- Extrait de l'article "Jacques Prévert, auditeur libre des musiciens" par Arnaud Laster dans le catalogue de l'exposition "Paris la belle, Jacques Prévert", Bachelot-Prévert, Eugénie, Binh, N.T., éditions Flammarion, 2008 (EAN 9782081217560) pages 160 et 161.
Philippe Saccomano
- Documents archivés au "Orff Zentrum" de Munich
- Probablement Orff a t-il invité Prévert à la première de «Œdipus der Tyrann » du 11 décembre 1959 au Württembergishe staatstheater de Stuttgart (référence : « Carl ORFF, list of published works » page 17, éditions Schott janvier 1995).
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Extrait de l'émission originale d'A. Laster datant de l'été 1974 sur France Musique rediffusé dans les "Greniers de la mémoire". De la minute 22'29 à 29'36""
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Le texte du courrier et les notes de Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster sont extraits de l'ouvrage "Jacques Prévert, œuvres complètes" tome 2, collection La Pléïade, éditions Gallimard 1996 pages 1157 et 1158
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Pour découvrir la maison de Jacques Prévert où s'est faite la rencontre, cliquez sur la vidéo ci-dessous. (Remarquez à la fin du documentaire "Visite du bureau de Jacques Prévert", lorsque Eugènie Bachelot-Prévert parle des disques préférés de Jacques Prévert, juste derrière le disque de Françoise Hardy on peut distinguer la "Roue de la Fortune" sur la pochette du disque "Carmina Burana" de Carl Orff édité chez Columbia.)